L’Asiago Loop : trois jours de VTT loin de tout
Week-end du 14 juillet. L'idée était de s’échapper quelques jours, de trouver un parcours loin de tout, et plutôt en mode VTT. C’est là qu’on est tombés sur l’Asiago Loop sur bikepacking.com et on n'a pas hésité.

La boucle était toute faite : trois jours, 200 kilomètres, 4 800 m de D+ et clairement orientée VTT. On est donc partis avec Pianella et Pianella, parfaites pour le terrain : fourche suspendue (pour Lulu), tige de selle télescopique, le minimum de sacoches. On réserve les quelques hébergements disponibles sur le chemin, et voilà, on était partis.
Trois jours sur le plateau des Préalpes, à prendre un vrai, mais alors un vrai grand bol d’air frais. Et surtout, à être surpris par les paysages et par le tracé, qui était franchement parfait.
Jour 1 / Première immersion dans les Préalpes
La veille, on arrive à Asiago, à un peu plus de 1 000 mètres d’altitude. Ambiance ville de montagne de moyenne altitude : les prés, les vaches, un peu de fraîcheur enfin et les montagnes… Bref, exactement ce qu’on était venus chercher.
Le lendemain matin, on prépare les vélos tranquillement, on prend un cappuccino en terrasse, parce qu’un petit déj en Italie sans cappuccino, ça ne compte pas vraiment, et c’est parti.

Le parcours nous fait sortir de la ville très rapidement avant d’emprunter un petit chemin de VTT assez joueur... Et là, je me dis : « Wow… si c’est comme ça pendant trois jours, ça va être long. » Mais finalement, fausse alerte. Ce petit passage nous emmène rapidement sur une piste et, à partir de là, on entre dans les bois, au cœur du haut plateau d’Asiago. Et on ne va quasiment plus en sortir.
On croisera très peu de routes sur tout le parcours, aucun village traversé d’ailleurs. On est vraiment seuls, entre pistes forestières et chemins de randonnée. Bref, le plateau est à nous !
Mais même sans villages, on n’est jamais complètement coupés du monde. Un peu partout, on croise des Agriturismo et des refuges de montagne, qui deviennent finalement nos points de repère de la journée. Pour boire un coup, prendre un café, boire un Estathé (un ice tea italien encore plus sucré que j’adore), manger quelque chose de bon : gnocchi au beurre de sauge, bigoli au ragoût (la vraie bolognaise), planches de fromages des vaches du pré d'à côté… Refaire le plein d’eau ou simplement faire une pause : les Agriturismo, ce sont un peu nos oasis, toujours là au bon moment. Et mine de rien, ce sont eux qui vont rythmer nos journées. Parce que sur trois jours, ces petits ravitaillements font clairement partie du décor.


Mais on est là pour rouler. Pour cette première journée, on traverse le massif des Melette, plus précisément le Monte Fior, une montagne à 1 824 m d’altitude. Sur un petit chemin de randonnée entre les hautes herbes, on peut admirer des blocs rocheux imposants qui, s’ils le pouvaient, nous raconteraient quelques histoires de guerre, entre autres, puisqu'on est en plein cœur des batailles de la Première Guerre mondiale. D’ailleurs, on prend la direction du théâtre de la bataille d’Ortigara, mais ce sera pour le jour 2 ! On est bien sur les pas de l’histoire et du passé et on s’en rendra compte de plus en plus : forts, abris, tranchées sont encore là. Un lieu sacré pour les chasseurs alpins. Mais c’est tout aussi un lieu où les locaux protègent l'environnement et dont on est les fiers gardiens.



En fin de journée, on arrive au refuge de Barricata, géré par l'Association pour la Culture Rurale, dont le but est de défendre et de protéger la culture, l'histoire et les traditions de tous les porteurs de culture rurale. Ce qu’on dit toujours en parlant de nos échappées en Italie, c’est que la montagne est vivante ici ! Bref, on n’arrive pas trop tard, c’est calme, juste quelques locaux. On trinque avec une bière, du vin et des chips et on a l’impression que ça fait déjà plusieurs jours qu’on est sur les chemins.
Jour 2 / Ortigara et mer de cailloux
Il est 8h quand on quitte le refuge, après un petit déj rapide et un petit sandwich dans la poche pour la route.
On attaque direct par la piste direction Monte Ortigara. C’est un peu la boucle dans la boucle, qui va nous faire suivre les traces de la bataille sanglante entre l’armée italienne et les troupes austro-hongroises, sur un terrain plutôt hostile et surtout bien vertigineux… À découvrir par vous-même.

La piste devient de plus en plus meuble et étroite, jusqu’à se transformer en GR. On porte un peu les vélos, mais pas longtemps, et on finit par atteindre le point le plus haut. Et là, on reste un peu sans voix devant la vue et les ruines. Le mémorial nous rappelle aussi tous ceux qui sont passés par ici.
On reste un petit moment au bord de la falaise, puis on repart avec l’orage qui commence à pointer le bout de son nez derrière nous. Et il ne nous lâchera pas de la journée, nous suivant tranquillement.

Il doit être midi, on commence à avoir faim, on est un peu fatigués et il nous tarde déjà de tomber sur notre petit oasis. Mais avant ça, il faut retrouver la piste : descendre des marches, marcher, rebondir, rouler… et enfin retrouver l’intersection qu’on avait quittée une heure plus tôt.
Il nous reste encore un bon bout à faire et la fourche suspendue ne sera clairement pas de trop pour affronter cette mer de cailloux ! :)
Et puis on tombe enfin sur notre petit Agriturismo. Plateau de fromages, polenta, gnocchi, yaourt maison… Bref, on mange beaucoup trop, on se régale et on repart bien repus.

On quitte peu à peu la montagne pour retrouver les prairies. On passe devant le Fort Busa Verle, encore une construction militaire plantée au milieu de nulle part, qui fait quand même un peu flipper. Et nous, on passe là, comme ça, avec nos vélos. Une page d’histoire qui nous rappelle quand même pourquoi on peut aujourd’hui se retrouver ici, à pédaler tranquillement.
Petit à petit, on commence à descendre. On accélère un peu quand on sent l’orage gronder au-dessus de nos têtes, jusqu’à finalement enfiler nos vestes de pluie juste avant l’arrivée.
Au final, cette deuxième journée, c’est 80 km, 2 sommets, plus de 10 points de vue qui nous ont fait nous arrêter, 1 Agriturismo, et une dernière nuit à Canove, près d’Asiago, notre point de départ. J’ai aussi appris un nouveau mot italien ; lampone (framboise) !
Une bonne grosse journée, entre histoire, montagne, cailloux, gastronomie et orage… Bref, tout ce qu’on aime !

Jour 3 / Strada dei Granatieri et pas de Granita !
On reprend les bons réflexes : petit déj, bike check et on repart. Cette fois, c’est la dernière journée, une petite journée de 60 km où on prend clairement plus le temps pour faire durer le plaisir.
On commence par une ancienne voie ferrée aménagée en piste cyclable. Mais attention, ce n’est pas vraiment ce que vous imaginez : on est en plein dans les bois. Il a plu toute la nuit et tout est encore bien mouillé, ce qui nous fait un bien fou avec les chaleurs de cet été. Même si, en montagne, ça reste quand même plus supportable.

On passe sous les anciens tunnels. Le premier est éclairé, mais pas le deuxième… un peu flippant quand même. On va suivre cet ancien réseau pendant une bonne dizaine de kilomètres avant de retrouver les pistes.
Et on sait qu’on se rapproche de la Strada dei Granatieri, un sentier à flanc de montagne qu’on avait vu en photo et qui nous avait tout de suite convaincus de partir sur ce tour. On pensait juste qu’il arriverait un peu plus tôt… et nous y voilà !
On se retrouve à rouler sur des plaques de roche, à passer dans des tunnels creusés très bas de plafond et surtout bien sombres. C’est assez unique comme expérience et comme sensation. La section est plutôt courte, mais largement suffisante pour nous impressionner, entre la corniche et les galeries, surtout à vélo. Mais on n’est pas les seuls. Le lieu est aussi un véritable sanctuaire militaire, où quelques randonneurs viennent faire leur pèlerinage sur les traces de la Grande Guerre.

Après ça, le parcours nous fait jongler entre petites routes et pistes plutôt propres en descente. Alors on se laisse glisser tranquillement.
Il doit être midi quand on passe devant une auberge. L’ambiance est différente. Même si on est toujours en montagne, on sent qu’on se rapproche de la ville. On mange un plat de pâtes, on prend un café, et il ne nous reste plus que 30 km pour retrouver la voiture.
Autant dire qu’on va rouler piano piano et profiter des derniers kilomètres. Et évidemment, impossible de terminer sans une dernière glace à Asiago.

Voilà, la boucle est bouclée et on a adoré !
Pour nous, Pianella était parfaite pour bien profiter de tous les chemins : mieux franchir, monter, descendre… il n’y a pas photo. La fourche suspendue permet aussi de perdre moins d’énergie et surtout d’aller peut-être explorer encore plus loin qu’en gravel.
Chacun fait comme il veut, évidemment. Mais pour nous, ça nous a clairement donné envie de refaire d’autres trips comme celui-ci. Sans forcément chercher quelque chose de trop technique, mais en gardant ce qu’on aimait déjà avec le gravel : ce goût de l’aventure, de l’exploration et de l’inconnu. Et avec un VTT, on retrouve tout ça, peut-être même encore un peu plus.
